Une Gourde en grès de Puisaye à la fleur de lys florentine,

La Puisaye, Bourgogne, 1484 - 1511

 

Gourde de forme ronde à anse fortement rainurée sous le goulot, le fond en retrait, la face supérieure plate au décor en relief émaillé à l'oxyde de cobalt figurant une fleur de lys florentine (fleur de lys ornée de deux fleurettes entre les pétales).
Diamètre : 17 cm (20 cm avec goulot) ; épaisseur :  8, 3 cm.

 La poterie de grès nécessite une argile assez pure supportant la haute température et des fours permettant de cuire à 1250°. Pratiquée depuis trois millénaires en Asie, la poterie de grès apparaît en Europe au début du XIVe siècle en Rhénanie et en Beauvaisis, puis au XVe siècle dans la région de la Puisaye, en Bourgogne. Le bleu de cobalt est employé dès le premier tiers du XVe siècle en Beauvaisis avec des résultats divers, allant d’un bleu blanchâtre à un bleu cobalt profond, pour décorer des pièces aristocratiques qu’on regroupe traditionnellement sous le terme de « bleus azurés ».

 

Bouteille à passants, Beauvaisis,
Musée national de la Céramique, Sèvres

 

 Les potiers de Puisaye emploient le colbalt à la fin du XVe siècle avec des résultats tout aussi aléatoires. Le plus ancien lieu de production connu en Puisaye est un four couché qui se trouvait au Bois Bardelet sur la commune de Saint Vérain. Les tessons découverts dans ce four appartiennent à des pièces produites avant 1576, date à laquelle il est abandonné. On peut ainsi présumer que les pièces ornées de ces décors sont antérieures à cette date.

 Dans son important article sur l’histoire des grès bleus de Puisaye, René Clément retrace les différentes époques de production en analysant le décor des pièces. Il se réfère en premier lieu à une étude de B. Jestaz sur les poteries de Saint-Porchaire dans laquelle celui-ci énonce un principe de datation :

  « …S’il est bien établi que l’emblématique royale a pu être apposée par déférence sur des ouvrages qui n’étaient pas destinés au roi, il n’est pas concevable qu’elle ait pu rester en usage après la mort du souverain, à moins de la réduire à un rôle purement décoratif qui serait entièrement contraire aux usages anciens. » (B. Jestaz, « Poteries de Saint-Porchaire », Revue du Louvre, N°5-6, 1975,pp. 384-396 ; cité par Réné Clément, Grès Bleus de Puisaye : origine, histoire et technique, p. 145).

 L’une des pièces examinées par René Clément est une gourde conservée au Musée de Villiers-Saint-Benoît dont le décor en relief à la Fleur de Lys florentine est similaire à celui de notre gourde :

 « Une gourde du Musée de Musée de Villiers-Saint-Benoît est également très précieuse : elle est ornée d’une grande fleur de lys très stylisée, avec d’autres fleurettes entre les pétales. C’est la fleur de lys de Florence qui est d’ailleurs frappée sur des monnaies depuis le début du XIIIe siècle jusqu’au XVIe siècle et a été largement copiée en Bourgogne, en Hongrie, en Allemagne.

 
 

Mais, en ce qui concerne ce grès, il n’est pas douteux que son auteur a voulu célébrer à nouveau un événement heureux advenu entre la France et Florence et si cette ville fut tantôt alliée, tantôt opposée aux Français, Louis XII y entra triomphalement en fin 1484 et ne l’abandonne qu’en 1511-1512. Une autre gourde, dans une collection privée, est également ornée de cette grande fleur florentine. Il faut insister à nouveau sur l’influence de la numismatique sur les décors des grès poyaudins : la forme circulaire des monnaies, qui est celle des gourdes de Puisaye, invite naturellement les graveurs associés aux potiers à s’inspirer des unes pour décorer les autres, d’autant plus que les monnaies honorent des rois et des événements heureux et que ces céramiques auront, comme il sera confirmé plus tard, une même destination… » (Clément, op. cit. p. 146). 

 René Clément conclut que les gourdes ainsi décorées peuvent être datées de la fin du XVe siècle : "En guise de première conclusion, il semble donc possible d'avancer que l'étude des "grès bleus" décorés des armoiries et emblèmes de la mouvance royale française permet une datation du début de la production en fin XVe..." (p. 147). "C'est donc vers 1475-1480 que peut être situé le début de cette production, ce que confirment les différents décors qui ornent les grès, principalement les gourdes, et qui honorent des personnages, célèbrent des événements de ce temps." (p. 155). 

La gourde conservée au Musée de Villiers-Saint-Benoît (ci-dessus) est plus petite que la nôtre : elle mesure 14 cm de diamètre et 6,7 cm d’épaisseur. Elle est également décorée de la fleur de lys florentine, ainsi nommée parce qu’elle fut, dès le XIe siècle, l’emblème de la ville de Florence, traversée par le fleuve Arno dont les rives étaient bordées de lys blancs, et parce qu’elle ornait l’avers de sa monnaie, le florin d’or.  

Références : B. Jestaz, « Poteries de Saint-Porchaire », Revue du Louvre, N°5-6, 1975, pp. 384-396 ; René Clément, Grès Bleus de Puisaye : origine, histoire et technique, tome 123, année 1991 du bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, pp. 143-165, reproduit dans Bleus de Puisaye, Alice de Vinck, GEDA, 1998, pp. 8-27 ; Marcel Poulet, Les Grès bleus de Puisaye, Les Cahiers de Puisaye n°5, 2015; Marcel Poulet, Poteries et potiers de Puisaye et du Val de Loire, 2000 (décor à la fleur de lys florentine reproduit p. 268)