La Fuite en Égypte
Espagne ? XVIII-XIXe siècle 

 

Maquette en bois sculpté peinte en rouge et bleu figurant une scène de La Fuite en Égypte. Les personnages sont fixés sur un socle en forme d'estrade sur lequel se dresse un portique aux montants ajourés ; la barre transversale du portique supporte deux anges entre des rouelles et des croix de Malte ; une colombe du Saint Esprit est fixée en haut de l'axe central auquel s'adossent la Vierge et l'Enfant montés sur l'âne et encadrés de deux croix pattées inscrites dans des roues fixées sous la barre du portique ; à la droite de la Vierge se tient Joseph coiffé d'un chapeau à large bord et tenant une scie à la main ; à côté de lui, un soldat au chef orné d'une fleur de lys; à l'autre extrémité du portique, un ange tient une grande perche surmontée d'une lanterne; les montants et la base du portique sont gravés de chevrons. Divers éléments mineurs devaient compléter la scène (soleil, lune, etc.). Un crochet est fixé à l'arrière de l'axe central. Longueur: 60 cm ; Hauteur: 45 cm ; Profondeur: 12,5 cm.

Un mécanisme pouvait animer le personnage de Joseph (dans une trappe ventrale dont manque la fermeture).L'axe central pourrait laisser penser que le portique était fixé au sommet d'un bâton de procession, bien que sa largeur et le thème représenté soit inhabituels. L'estrade double, le portique et la représentation frontale de la scène évoquent plutôt une manière de petit théâtre domestique qui pouvait être posé sur une corniche et retenu au mur par le crochet.

 

 

 

L'épisode de la Fuite en Égypte n'est relaté que dans l'Évangile selon St Mathieu (2.13 à 2.23). Le texte succinct ne mentionne aucun des événements que la légende attache au séjour de la Sainte Famille au désert : les péripéties et les éléments anecdotiques dont s'est nourrie l'iconographie de la Fuite en Égypte (à commencer par l'âne) apparaissent seulement dans des textes apocryphes et tardifs. Les apports ultérieurs de l'iconographie elle-même ont composé au long des siècles cette légende mi-savante mi-populaire qu'il faut distinguer, à ce titre, des séquences de la vie du Christ relatées dans les Évangiles.

L'errance de la Sainte Famille au désert a été représentée dans de nombreux chefs-d’œuvre de l'art chrétien ancien, de Giotto à Brueghel ou Poussin, mais aussi dans l'art moderne, par Rodolphe Bresdin, Rouault ou Chagall. Un grand nombre de sculptures religieuses en bois ou en pierre produites par des artisans locaux figurent la Vierge et l'Enfant sur l'âne conduits par Joseph. Il a peut-être existé d'autres exemples de petit théâtre de fabrication authentiquement populaire comme celui-ci pouvant servir à l'évocation familiale ou paroissiale de ce mystère de la Passion, mais nous n'en avons jamais rencontré jusqu'ici.