Sifflets dits Sublets
Nibelle, Loiret, fin du XVIe siècle

 

Sifflets dits sublets en terre cuite, brute ou vernissée, anthropomorphes et zoomorphes : une damoiselle à longue robe et chapeau, un cavalier, une cavalière en amazone.

Ensemble exceptionnel. Les figurines féminines sont rarissimes. La damoiselle est la seule que nous connaissions avec son chapeau.

Tous les sifflets anthropomorphes exposés au Musée Saint-Sauveur de Nibelle sont reconstitués ; voir les sifflets de Nibelle photographiés par Pierre Catanès sur son site. Les trois pièces sont entières, sans aucune partie restaurée ; le collage est toujours laissé apparent.

Provenance : la technique utilisée pour recoller les parties laisse penser que cet ensemble provient de la collection Bordeau, dont proviennent aussi les sublets des XVI-XVIIe siècles exposés au Musée Saint-Sauveur à Nibelle dont le recollage est identique. Les musées de Pithiviers et d’Orléans conservent également des sublets provenant de cette collection.

Dans une brochure illustrée publiée en 2010 : Terres cuites d’hier et d’aujourd’hui, J. Greibill a consacré trois pages aux sublets de Nibelle découverts en 1997 par R. Bordeau sous une maison du village. Il les date de 1560-1570. On lira aussi avec intérêt les articles de Pierre Catanès sur les sifflets de Nibelle sur le site sifflets-en-terre-cuite.org et sur le site du Mucem.

Ce rare ensemble illustre la gamme de la production des sublets de Nibelle au tournant du XVIe et du XVIIe siècle. Quel en était l’usage ? Chez Marot le mot sublet (du latin sibilare = siffler, en ancien français : sibler) désigne l’appeau de l’oyseleur des champs (cité par Littré). Les figures représentées ici n’évoquent guère cet usage. Quant à la coutume des potiers de Nibelle, au XIXe siècle, d’offrir des sifflets aux enfants des clients, spécialement lors des mariages, on ne peut pas l’appliquer sans réserve à la société de l’Ancien régime dont les institutions sociales (le statut de l’artisan et son rapport aux clients, le rôle de la famille et la place de l’enfant) ne sont pas comparables.

La symbolique sexuelle évoquée par les sifflets de Nibelle – coqs, cavalier et cavalière, damoiselle à longue robe toujours marquée devant d’un trait vertical – fait bien plutôt penser aux rites qui précèdent les fiançailles : dans de nombreux pays, les garçons offrent traditionnellement un sifflet aux jeunes filles qu’ils courtisent. La symbolique du coq se passe de commentaire. Quant aux autres figurines, il est resté longtemps commun dans les mœurs populaires de siffler les filles et, de même, de désigner les jeunes gens réunis par couple lors d’une fête ou d’un mariage, comme le « cavalier » et sa « cavalière » ? (voir le paragraphe Dialogue amoureux sur le site sifflets-en-terre-cuite.org). 

 

 

 

Damoiselle au chapeau

Figurine en terre vernissée représentant une jeune fille aux cheveux relevés en chignon, coiffée d’une capeline à bords relevés, et vêtue d’une longue robe évasée en cône ; elle se tient droite, ses deux mains sur son ventre ; sur le devant de sa robe est gravé un grand trait vertical, avec de chaque côté, deux lignes discontinues de petits traits verticaux. Hauteur : 13,5 cm.

La figurine est entière, les différentes parties recollées : la tête, le corps en deux parties, et le sifflet. La forme, la terre et la glaçure attestent que les quatre parties sont d’origine. Rarissime exemplaire de cette figure féminine avec son chapeau.

Le Musée Saint-Sauveur à Nibelle présente cinq damoiselles en terre cuite brute ou vernissée, sans chapeau, désignées comme des "paysannes"; les cinq figurines sont reconstituées (certaines de manière composite en deux couleurs).

Cavalière en amazone

Figurine en terre cuite brute représentant une cavalière portant une coiffe, montée en amazone sur un cheval ; la queue du cheval est un sifflet.
Hauteur: 9,5 cm ; Longueur: 8,5 cm

Figurine entière ; parties recollées : la cavalière sur le cheval, sa tête, un bras, deux jambes du cheval. Toutes les parties sont d’origine.

Le Musée Saint-Sauveur à Nibelle présente une seule Cavalière montée en amazone à laquelle manquent un bras et le bas du corps.

Cavalier

Figurine en terre cuite brute et vernissée représentant un cavalier aux cheveux mi-longs, coiffé d’un bonnet ou turban ; la queue du cheval est un sifflet.
Hauteur: 9 cm ; Longueur : 9,5 cm

Figurine entière hormis peut-être la main gauche; parties recollées : les deux bras et le corps du cavalier, deux jambes et l’oreille droite du cheval ; éclat à l’oreille gauche du cheval. Toutes les parties sont d’origine.

Le Musée Saint-Sauveur à Nibelle présente six cavaliers tous reconstitués, certains composites ; un seul est à moitié vernissé. J. Greibill s’est interrogé sur la coiffure du cavalier évoquant la mode du quinzième siècle, en rejetant par contre l’idée fantaisiste qu’il s'agisse d'un cavalier oriental (Terres cuites d’hier et d’aujourd’hui, 2010, pp.4-5).