Verrou de fût au couple de sirènes,
Alsace, XVIIIe siècle

 

Verrou de fût en bois sculpté figurant un couple d’êtres marins en forme de sirène, homme et femme, au corps sculpté de branchies et d’écailles, leurs queues croisées, le visage menaçant, ouvrant grand les yeux et montrant les dents ; moustache et barbe de l’homme teintées ; étoile à cinq branches et motifs végétaux sculptés et gravés sous l’ouverture. L : 39 cm ; ht : 14,5 cm ; ép : 6 cm

La légende grecque rapporte que Dionysos, dieu de la vigne et du vin, que les Romains nommèrent Bacchus, étant fait prisonnier par des pirates, immobilisa leur bateau sur la mer et changea leurs rames en serpents. Les pirates sautèrent à l’eau où ils furent changés en dauphins. Les arts du Moyen-âge et de la Renaissance leur ont fait subir une seconde métamorphose en représentant ces dauphins sous la forme de poissons monstrueux couverts d’écailles
   

Ce sont ces dauphins que les vignerons alsaciens ont souvent fait sculpter sur les verrous de leurs fûts. Certains leur ont préféré ces êtres marins hybrides, compagnons de Bacchus, qui peuplent l’iconographie de la Renaissance. A côté des verrous de fût figurant des sirènes couchées et avenantes, d’autres représentent ainsi des couples de tritons, poissons au torse d’homme ou de femme, allongés dans une position plutôt lascive. Le couple de sirènes que présente notre verrou n’incite guère à la fête ou au plaisir. Il est au contraire menaçant : les yeux grands ouverts, l’homme barbu et la femme font face en montrant les dents. La pointe de leur queue évoque le fer d’une lance ou d’une hallebarde qui semble pénétrer la tête de leur compagnon : cette solution qui permet de renforcer la cohésion de la sculpture ajoute une étrangeté à leur figure menaçante.

Références : G. Klein, L’art du vignoble alsacien, Editions Garnier, 1979, pp164-184.