Violon en terre vernissée, attribué au Pré d'Auge
seconde moitié du XVIIe siècle

 

Caisse de violon 1/2 en terre vernissée, la table bleu cobalt, les éclisses jaune pâle jaspées de vert avec des taches de manganèse et de cobalt, le dos manganèse avec des taches de cobalt.

Longueur de la caisse :  31 cm. Largeur : 16,5 cm.

La caisse est en bon état à l'exception de deux restaurations: à la partie supérieure des éclisses et du bord de la table où s'attache le manche; et entre les deux ouvertures supérieures des ouïes. La tête, le chevillier, le manche et le cordier sont en bois peint à l’imitation de la terre vernissée. Les cordes sont en boyau ancien.

Provenance : ancienne étiquette de la galerie Lefebvre, antiquaire, 55, rue de Châteaudun ; collection Claude-Armand Masson.

« Fondée en 1880 par Henri Lefebvre, la galerie Lefebvre & Fils est spécialisée depuis 5 générations dans la céramique française et européenne du XVe au XXe siècles. De Marcel Proust à Georges Feydeau, en passant par les riches industriels aux collections devenues mythiques, Monsieur Plantevigne, Adrien Bisset, Scheid, Gorge, Tumin, Haas, Papillon, la galerie alors installée au 55 rue de Châteaudun, rassemble dans sa clientèle les grands noms de la « vie parisienne » (Wikipedia).

Nous ne connaissons que deux violons en terre vernissée attribués au Pré d’Auge. Ils sont de même facture, la glaçure est semblable et ils ont les mêmes dimensions. Le premier a appartenu à Charles-Émile Ridel, marchand d’antiquités au XIXe siècle à Vimoutiers, commune au sud du Pays d'Auge. Une partie de sa collection a été vendue à Drouot par l’étude Ferri le 9 décembre 1988. Le violon en terre vernissée, décrit sous le numéro 395, a été adjugé 80.000 francs (19400 € en 2016 selon l’Insee). Il a été acquis par le Musée historique de Lisieux et figure dans le catalogue de l’exposition: Les céramiques du Pré d’Auge, 800 ans de production (Musée de Lisieux, 2004, p. 73 ; illustration p. 103). 

Le second violon a figuré en décembre 1984 à l’exposition des Instruments de musique en céramique au château de Blois. Il est décrit sous le numéro 124 du catalogue (p.63) par Claude-Armand Masson, auquel il appartenait alors mais qui en ignorait la provenance et l’époque et l'avait attribué à Nevers. 

 

  

Découvrant quatre ans plus tard le violon quasi identique et de même dimension présenté dans la vente Ferri, C.-A. Masson inséra dans son catalogue un feuillet ronéotypé où il rectifiait sa notice : « Violon (3/4) : Terre cuite vernissée. Décor polychrome, bleu sur la table, vert tacheté de brun et de bleu sur les éclisses ; brun-rouge tacheté de bleu sur le fond. Email à légers reflets métalliques. Lors de sa présentation au château de Blois, ce violon, dont la caisse seule est intacte, comportait un manche entièrement reconstitué de façon rudimentaire et inesthétique ; il fait actuellement l’objet d’une restauration plus adéquate. »

C.-A. Masson ajoutait que son violon, qu’il attribuait désormais au Pré d'Auge mais datait de 1730, était par conséquent aussi ancien que les deux violons en faïence de Delft « que l’on croyait être les premiers objets de ce genre réalisés en céramique. » (Rectificatif au catalogue de l’exposition Les instruments de musique en céramique - 3 feuillets ronéotypés). Le Musée de Lisieux date pour sa part le violon du XVIIe siècle, ce qui est plus conforme à la facture de l'instrument. L'attribution au Pré d'Auge dans le catalogue de l'exposition de Lisieux en 2004 est notée par contre avec un point d’interrogation.

Le violon en terre vernissée sans son manche d'origine que nous présentons est très probablement celui de Claude-Armand Masson: le décor des éclisses et du fond est identique, les dimensions de la caisse coïncident (Longueur: 31 cm, largeur 16,5 cm). La seule mention qui ne figure pas dans sa description est l’étiquette de la galerie Lefebvre. Le manche d'origine a été remplacé par un manche de violon dont le bois a été repeint à l’exemple du violon conservé par le Musée de Lisieux. La caisse en terre vernissée est semblable à celle du violon de Lisieux: table vernie au bleu de cobalt, éclisses jaune pâle jaspées de vert et tachetées de brun et de bleu. La table n’est cependant chargée d’aucun décor baroque et se contente d’offrir sa belle glaçure bleue (voir photo 8 - photographie Musée de Lisieux - et photo 9).

Il existe de nombreuses reproductions de violons en faïence datant du XIXe ou du XXe siècle. Les violons en faïence plus anciens sont par contre extrêmement rares. La notice du violon en faïence de Delft datant de 1710 conservé par le Musée de la Céramique à Rouen souligne qu'il en existerait seulement sept exemplaires. Les violons en terre vernissée sont encore plus rares: nous n'en connaissons pas d'autre que les deux mentionnés ici.