La Présentation, 
Haut-Adige (Tyrol du Sud) Italie, XIXe siècle

 

Panneau en bois fruitier formé de trois planchettes assemblées horizontalement, sculpté en haut-relief d’une scène représentant un couple assis de face, de part et d’autre d’une table ronde où trône un enfant. Les trois personnages regardent droit devant eux. L’homme et la femme ont posé chacun un bras sur la table couverte d’une nappe dont les plis retombent jusqu’au sol. Leur posture droite, un peu raide, n'est pas naturelle: la femme doit hausser l’épaule gauche pour pouvoir poser son bras à plat sur la table, de sorte que son buste penche un peu à droite; l'homme semble affermir sa position en gardant sa jambe droite écartée sous la table.

L’enfant se tient droit, les coudes sur la table, les mains au-dessus d’un petit livre qu’il semble prêt à lire ou à feuilleter. Il est vêtu d’un tablier plissé sur le devant. Ses cheveux sont courts, bien peignés, son front bombé est dégagé, comme celui de sa mère à laquelle il ressemble nettement. Celle-ci porte une robe longue, un collier à médaillon et une petite ceinture. Ses cheveux plats séparés au-dessus du front bombé sont tirés derrière les oreilles.

Le père a un grand front, la chevelure peu épaisse, une large barbe et de grandes moustaches. Il porte une veste sans col uniquement boutonnée en haut. Son pantalon fermé par une large ceinture monte au-dessus de sa taille. Le cadre est sculpté de sarments avec des feuilles de vigne et des grappes de raisin. L : 34 cm ; l : 29 cm, ép : env.3 cm.

Le costume du père et l'évocation de la vigne situent la production de ce panneau dans le Tyrol du Sud, renommé pour ses vignobles et sa sculpture sur bois populaire pratiquée depuis le seizième siècle notamment à Val Gardena.

Le défaut de la perspective appartient pleinement à l'esthétique de ce panneau en haut-relief. Ce genre de maladresse se rencontre assez souvent dans les œuvres d’art populaire où il n'est en général rien d'autre qu'une maladresse et leur confère au mieux le charme de la naïveté. Mais ici, le défaut de perspective n’est pas un défaut. Il s'impose au même titre que la disproportion des corps, la raideur des personnages et leur posture frontale, qui sont aussi nécessaires à la signification de l’œuvre que la raideur et la frontalité du couple de fermiers américains "gothiques" dans le plus célèbre des tableaux de Grant Wood.

Cette « non-perspective » appartient à une vision des choses qui n'est pas celle de la représentation académique, mais qui n’est pas non plus une vision psychophysiologique comme la qualifiait Panofsky, parce qu’il ne s’agit pas ici d’une représentation des choses dans l'espace mais de leur présentation.
 

 

 

Le « défaut » de perspective de la table doit être considéré ici comme un élément essentiel de la composition, au même titre que dans la peinture médiévale jusqu'à Duccio ou dans la peinture moderne après Cézanne

La position frontale des trois personnages suggère qu’ils font face à un tiers devant lequel ils se présentent. Ce n’est pas une réunion de famille : les personnages se feraient face, la relation s’établirait entre eux, ils ne regarderaient pas un tiers. A moins de poser pour un portrait de famille. La scène pourrait faire penser en effet à une pose chez le photographe ou devant un peintre. Mais il faudrait alors expliquer pourquoi l’enfant occupe cette place centrale, pourquoi ses mains semblent prêtes à feuilleter le petit livre, et pourquoi ses parents ont posé leur bras sur la table de manière ostentatoire.

La robe de la mère et le tablier de l’enfant dénotent la modestie ou l'austérité du ménage. La position de l’enfant trônant au centre du tableau et sa taille un peu exagérée en font à l’évidence le personnage principal de la scène. Le petit livre ouvert posé devant lui évoque une petite bible ou un missel dont il semble prêt à lire un passage. Ses mains posées sur le petit livre occupent le centre du tableau ; c’est le point que Barthes aurait désigné comme le punctus de ce portrait de famille. La scène autour est en suspens, l'enfant et ses parents marquent une immobilité qui n’est pas celle de la pose mais de l’attente, ou plutôt : de la disposition. Ils ne sont pas immobiles, ils sont prêts.

Table, tableau, tableau de famille. Table dressée ici comme un autel où l’enfant officie, assisté par ses parents qui l’encadrent, un bras posé à plat sur la table, gage de droiture et d’unité familiale basée sur des valeurs transmises et partagées qu’on devine enfermées dans les pages du tout petit livre ouvert, comme de minuscules Tables de la Loi.

Nous avons déjà présenté un panneau en bois sculpté du XIXe siècle, de dimensions similaires, représentant le baptême d’un enfant protestant. La scène, titrée Baptême d'un protestant, avec le patronyme de la famille, très probablement située dans les Pyrénées, montrait les parents tenant l’enfant par les mains et le présentant au pasteur qui lui montrait la Bible. Une iconographie religieuse complétait la scène (angelots, colombe, statue de la Vierge). Ici, seul le petit livre ouvert sous les mains de l’enfant, qui semble se tenir prêt à en lire un passage, peut évoquer ce contexte religieux.