L’étui à guimbarde de Dominique Poulou
Bretagne, 1756

Etui à guimbarde en bois sculpté épousant la forme de l'instrument; le dessous du couvercle comporte un épais relief destiné à bloquer le corps de la guimbarde en laissant un petit espace à l'extrémité où se loge la partie verticale de la languette; un trou percé latéralement dans ce relief et dans les parois de l'étui permettait le passage d'une clavette (manquante) destinée à verrouiller le couvercle. Un riche décor est gravé sur toutes les faces de l'étui: un fin ruban de dents de loups orne les pourtours du couvercle, de la base et des bords supérieur et inférieur des parois galbées; le décor de la partie ovale du couvercle est divisé en trois bandes: au centre, des étoiles, une croix et le monogramme H; de chaque côté, des étoiles et un oiseau (coq?); sur la partie oblongue, la date 1756. Sous la base, le nom du propriétaire est gravé dans une bande circulaire: DOMINIQUE POULLOU ; au centre, dans un cercle de fines dents de loups, une petite croix pattée et le monogramme H. Une étole en léger bas-relief gravée de dents de loups épouse le galbe de la paroi, dont le décor présente encore, de chaque côté, une étoile gravée dans un cercle; la face avant de l'étui, très étroite, est gravée d'un rectangle arrondi dont la surface est semée d'une dizaine de points.
L: 8,3 cm; larg: max: 4,5 cm, min. 1,3 cm; H: 3,2 cm

En France, le nom Poullou se rencontre principalement en Bretagne, dans le Finistère, et dans d'autres régions de l'Ouest.

La guimbarde est un instrument très ancien qu'on trouve dans de nombreuses régions du monde. En France, comme dans le reste de l'Europe ou aux Etats-Unis, elle a été associée à des musiques populaires. La préciosité de certains étuis anciens atteste cependant que leur propriétaire pouvait aussi être un aristocrate ou un bourgeois.

Le Musée de Cluny conserve notamment un bel étui à guimbarde du quinzième siècle en cuir repoussé. Le Musée Grobert-Labadié à Marseille conserve un étui en bois du dix-huitième siècle mesurant seulement 6,5 cm, dont le couvercle présente à son extrémité une tête sculptée en ronde bosse (photographié dans L'instrument de musique populaire, RMN, 1980, n°369 p. 188). La Philharmonie de Paris (ex-Cité de la Musique) conserve trois étuis à guimbarde en bois sculpté (E.1894.1 à 3) mesurant de 7,2 à 8,3 cm qui ont chacun une forme, une conception et une technique de fabrication différentes, suggérant des usages qu'on pourrait qualifier respectivement d'aristocratique, bourgeois et populaire. Un étui à guimbarde en bois du dix-neuvième siècle, originaire de Bretagne, de fabrication rudimentaire, figurait dans la 2e vente de la Collection Patrick Driant (Drouot, Etude Ferri, expert Martine Houze, 22 novembre 2013, lot 377). Le Musée de Morlaix conserve également un étui de forme similaire au nôtre.

 La forme de la guimbarde et la nécessité de ménager un espace pour l'extrémité coudée de la languette ont suggéré à certains de sculpter l'étui en forme de chaussure. L'un des trois étuis conservés dans les collections de la Philharmonie de Paris adopte cette forme; il est orné sur le couvercle d'une poignée de main (maçonnique ou compagnonnique) au-dessus de laquelle est gravé le maître mot du serment: GIURO, en italien: "je jure" (et non pas "ciuro" comme il est écrit sur la fiche de l'objet, qui indique aussi: France, 17e siècle, alors qu'il s'agirait plutôt d'un étui italien du dix-huitième siècle). Un autre étui à guimbarde en bois sculpté "en forme de soulier" figure sous le numéro 317 dans Vieux objets de la montagne, G. Priuli, 2004, p. 332.

Références: L'instrument de musique populaire, usages et symboles, Catalogue de l'exposition au Musée des Arts et Traditions populaires, 28 Novembre 1980 - 19 avril 1981, RMN, 1980, chap. 3.4.1 La Guimbarde, pp. 186-190.