Carreau de pavement DIEU LE VEULLE

France, XIV-XVe siècle

 

Carreau de pavement carré en terre rouge vernissée, à décor estampé jaune, représentant de profil le buste d'une dame tenant une fleur, au centre d’un bandeau circulaire dans lequel figure l’inscription : DIEU LE VEULLE. Côté : 15 cm ; épaisseur : 27 à 30mm. France, XIV-XVe siècle.

Les inscriptions circulaires figurant sur des pavements médiévaux sont le plus souvent formées d’un assemblage de quatre ou seize carreaux portant chacun une partie du texte. Il est extrêmement rare d'en voir une entière sur un seul pavé.

Le mot DIEU est écrit avec les mêmes capitales, entre deux segments de ligne courbe, sur un fragment de carreau trouvé lors de fouilles en remblai, en 1992, au 10, rue du Pont Louis-Philippe à Paris. Il figurait dans un texte inscrit dans une couronne formée par seize carreaux, dont il ne reste que deux fragments sur lesquels on lit: ...FORS...AMER DIEU. Ces fragments sont datés du XIV-XVème siècle. (Commune de Fiorano Modenese, Il tempo ritrovato, Terrecotte di Parigi, dal Medioevo al Rinascimento XIII-XVI secolo, Pavimenti e vasellame da recenti scavi urbani della « Commission du Vieux Paris » della Citta di Parigi, Centro Museale della Ceramica, Castellondi Spezziano, Kronos B.Y. Editions, 1998, Fig.21, cat.97-98, pp42-45; fig.52, p75).

A propos de ces mêmes fouilles parisiennes, C. Brut recense les motifs rencontrés sur les carreaux de pavements :

« Les motifs parisiens, pour le XIIIe siècle s'inspirent de l'héraldique royale : il s'agit, la plupart du temps, de motifs attachés à la couronne de France. La fleur de lys fut adoptée comme emblème par Louis VII et le château de Castille apporté par Blanche, femme de Louis VIII. La marguerite à cinq ou à six pétales évoque, quant à elle, Marguerite de Provence, épouse de Louis IX (saint Louis). Les motifs géométriques sont des triangles emboîtés, des chevrons, le bandé héraldique ou des fasces vivrées. Les motifs végétaux, des quatre-feuilles, quintefeuilles ou marguerites à six pétales. Les animaux s'inspirent du bestiaire, lions passants, aigles aux ailes déployées ou buffles. Un sonneur de trompe qui sert de rabatteur, un ou deux chiens poursuivant un cerf ou un sanglier et un chasseur font partie d'une composition représentant une scène de chasse. Rares sont les carreaux portant des inscriptions. À Paris, les seuls connus sont des carreaux retrouvés dans des remblais de démolition, rue du Pont Louis Philippe (fig. 2), et dont la provenance ne semble pas parisienne (Brut, 1995). » C. Brut, « L'artisanat de la terre cuite à Paris. Carreaux et pavements parisiens » In: Revue archéologique de Picardie. N°3-4, 2004. pp. 27-38.

Contrairement à ce que peut suggérer l’image charmante de la jeune femme tenant une marguerite, l’inscription DIEU LE VEULLE, traduite du bas latin Deus lo vult (Dieu le veut) n'est pas une expression proverbiale mais le cri de ralliement des Croisés, et leur devise depuis le temps de la Première Croisade (1096-1099) à laquelle appela Urbain II au Concile de Clermont en 1095. Ce cri aurait alors été lancé par Pierre de Clermont, dit Pierre l’Ermite. On serait alors tenté de faire le lien entre cette inscription et la figure de Marguerite de Provence, épouse de Saint Louis, qui l'accompagna durant sa première Croisade, en 1248.