La Nourrice 

France, fin du XIXe siècle

 

Sculpture en buis figurant une nourrice allaitant un enfant. La nourrice se tient droite, le regard absent affecté d’un léger strabisme divergeant, la robe ouverte sur un sein généreux, indifférente à l’enfant qui tire sur son vêtement sans pouvoir obtenir le sein ni capter le regard de la mère.  Haut : 24 cm ; base : env. 20 cm.

Le vêtement et la coiffure de la femme sont caractéristiques des nourrices bretonnes ou bourguignonnes à la fin du XIXe siècle. Celui de l’enfant dénote une famille bourgeoise.

Cette sculpture n’est pas seulement un chef-d’œuvre d’art populaire, c’est aussi (la référence s’impose) un monument à l’imago du sein maternel (Lacan, Les complexes familiaux, 1938, chap.I,1. Le complexe du sevrage). La scène est construite sur un jeu de malaises non résolus : au désarroi qui se lit dans le regard de l’enfant, auquel devrait normalement répondre le regard de la mère, s’oppose l’indifférence de la nourrice et son regard absent, lointain, accentué par un léger strabisme ; à la demande de l’enfant tirant sur le corsage ouvert d’où la dentelle d’une chemise laisse déborder un sein rond généreux, s’oppose la posture droite de la femme, son vêtement strict et sa coiffure à chignon. 

 

 

Quand on compare cette scène avec les représentations habituelles de la mère allaitant – de l’antiquité égyptienne aux madones italiennes ou flamandes et à Mary Cassatt - on perçoit immédiatement que cette œuvre n’appartient pas au corpus des maternités, ou plutôt qu’elle s’y rapporte dans un registre dramatique auquel fait écho la rudesse et la violence de la souche de buis arrachée. 

Il est rare qu’une œuvre populaire en bois sculpté soit entièrement détachée d’un support utilitaire ou traditionnel. Il est encore plus rare qu’elle présente cette qualité d’invention et d’exécution attachée à l’expression de sentiments aussi intimes, manifestement liés à une expérience personnelle, sans cesser pourtant d’être esthétiquement une œuvre populaire.