La Gourde de Pierre Raymond, maître-maçon,

faite pour lui par son fils Louis Raymond, potier à Digne en 1807

 

Gourde en terre vernissée à glaçure jaune, à fond plat, munie de deux passants portant chacun trois pastilles à leurs attaches ; elle est gravée sur une de ses faces plates : Louis Raymond potiu a terre a digne, avec en bas à droite trois initiales ou signes non déchiffrés ; et sur l’autre face : Pierre Raymond Grafe mettre audit Digne 16 mars 1807 . haut :18,5cm, larg : 16cm

Les Archives de Haute-Provence mentionnent en 1783 la naissance de « Louis Joseph Gabriel Raymond, fils de Pierre, maître-maçon » ; et, en janvier 1807, le mariage de « Louis Raymond garçon potier a terre né à Digne âgé de vingt trois ans et trois mois, fils majeur de Pierre, géomètre de cette ville… »

Le 16 mars 1807 un jeune potier de Digne, Louis Raymond, vingt-trois ans, marié depuis deux mois, façonne une gourde pour son père, Pierre Raymond, cinquante-sept ans, maître-maçon, que l’état-civil désigne comme géomètre mais qui se nomme lui-même Grafe mettre (graphomètre, du nom de l’instrument du géomètre) comme l’atteste l’inscription gravée sur une face de la gourde. Sur l’autre face, Louis Raymond grave son propre nom et son métier : potiu a terre.

Louis est le fils cadet de Pierre Raymond. L’aîné, Joseph, est maître-maçon comme son père, lui-même fils d’un maître-maçon. Il est douteux qu’à vingt-trois ans, Louis, qui n’est pas fils de potier, puisse exercer à son compte. On supposera plutôt qu’il travaille dans un atelier dignois, peut-être l’atelier de Saint-Lazare « qui fonctionne encore avec Félix Hugues au début du XIXe siècle » (comme nous l’apprend R. Zérubia dans un article sur Les potiers dignois) étant donné que Félix Hugues est précisément témoin à son mariage, en janvier 1807. Louis abandonnera d’ailleurs le tour quelques années plus tard, pour devenir charretier, comme son beau-père, Barthelemy Guieu.

Quant à la production potière dignoise, un autre article de R. Zérubia, sur un dépotoir de potiers à Digne à la fin du XVIIIème siècle évoque une poterie à glaçure jaune sur engobe, dont il recense des tessons, des bols à oreilles et des assiettes ; ainsi qu’un vase de nuit à glaçure verte dont « la base à fond plat est soulignée par un bourrelet ». Il signale aussi parmi les « rares formes reconstituables » des petits toupins et des marmites.

La pièce que nous présentons n’est pas seulement remarquable par sa qualité et son état, ni seulement du fait de la rareté des gourdes en terre vernissée patronymiques dans le midi de la France ; mais c’est aussi un document sur la poterie de Haute-Provence, en même temps qu’un témoignage émouvant sur la vie d’un dignois au début du XIXe siècle.

Bibliographie : Actes de naissance, mariage et décès des Archives de Haute-Provence ; R. Zérubia, « Les potiers dignois » et « Un dépotoir de potiers à Digne » dans Terres de Durance, Musée de Digne et de Gap, 1995, pp140-141.