Louis-Léopold Thuylant, La Lettre, 10 Juin 1893
Prévelles, Sarthe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La découverte d’un pichet de Louis-Léopold Thuilant (1862-1916) est toujours émouvante. Le Musée de la Reine Bérangère au Mans a exposé en 2008 une cinquantaine de pichets appartenant aux deux périodes de production : les pichets jaunes datant des années 1886-88, les pichets verts datant des années 1892-96. La plupart des pichets en terre vernissée signés Thuylant fils, potier à Prévelles (Sarthe) ont un goulot et un bouchon figurant une tête de poule, de chien ou de cheval. Ils sont ornés d’appliques en haut-relief représentant d’ordinaire un homme du village et son métier : le charpentier, le maçon, le menuisier, le boulanger, le charcutier, le boucher ; mais aussi : le bouilleur de cru, le palefrenier, l’instituteur, le forgeron, le chef de gare, etc. entouré des attributs de sa profession ou d’animaux de la ferme (cheval, chien, moutons, poules).

    Notre pichet, signé Thuylant fils, est daté du 10 juin 1893. Il représente un facteur qui remet une lettre à une famille composée d’un couple et de ses trois enfants : le fils, la fille et le dernier-né dans les bras de sa mère. Si la production de Thuilant est exceptionnelle dans la céramique populaire française, ce pichet est exceptionnel dans la production de Thuilant : d’abord, parce que c’est l’un des très rares où figurent plusieurs personnages ; ensuite, parce que c’est l’un des très rares où figure une femme ; enfin, parce que c’est le seul connu où Thuilant ait représenté une famille, et surtout : une maternité. Ce pichet est aussi particulièrement attachant quand on sait l’histoire malheureuse de Thuilant parce que cette famille-là est heureuse : le père tient son fils par la main, la mère serre son enfant contre sa joue. Reste l’énigme de cette scène familiale dont la lettre arrivée le 10 juin 1893 renferme peut-être le secret.