Mortier à tabac
début du XVIIe siècle

 

Ce mortier à tabac de forme cylindrique en bois mesure 13,5 cm de haut et 5 cm de diamètre. Il est composé de deux parties formant mortier et pilon. Le tour est entièrement sculpté en bas-relief de frises superposées représentant des animaux :  oiseau de proie attaquant un serpent, chien couché sous des palmes ; et des scènes facétieuses se rapportant à la préparation pharmaceutique : des enfants nus ou en pagne ressemblant à des putti brandissent des pots à pharmacie ou pilent les substances dans des mortiers, tandis que d’autres les importunent en leur administrant un clystère ; d’autres encore pèsent des substances tandis que de petits singes tricheurs font pencher la balance.

Toutes les figures et les scènes sont redoublées symétriquement, à l’exception des armoiries formées d’une couronne à croix pattée surmontant deux blasons dont l’un porte des fleurs de lys et l’autre un quadrillage schématique.

Sous les armoiries est gravé le sigle : G.D.D.M ; sur la partie mortier, une date : 1607 ; une rosace orne le sommet. Sous la base, une inscription apocryphe est gravée maladroitement, avec certaines lettres inversées : AL SIGNOR GIUSEPE SPEZATIO INCETE

 

 

Le caractère facétieux ou eschatologique des deux scènes principales appartient à l’iconographie du seizième siècle. Le décor évoque un pays exotique : palmes, grands oiseaux et serpents, singes, petits hommes sauvages portant des pagnes et dont le corps est orné de petites stries en guise de poils.

 

 

Le tabac a été importé du Brésil au milieu du XVIsiècle par le Portugal où l’ambassadeur français Jean Nicot le cultiva et en expédia en France en 1560. Il a été utilisé comme médicament en Europe au XVIe et au XVIIe siècle, après que Jean Nicot l’eût recommandé et que Catherine de Médicis en ait été guérie, dit-on, de ses maux de tête (d’aucuns pensent qu’il s’agirait plutôt des maux de tête de son fils François II). L’usage thérapeutique du Nicotania rustica a été exposé en détail pour la première fois par Jean Liebault (1530-1596) dans son ouvrage de 1564, Agriculture et maison rustique (Part. IV, Liv. I), dans lequel il le recommande pour une longue série de maux, et en particulier « dans la décoction des clystères » pour traiter la dysenterie ; et par Jacques Gohory dans son Instruction sur l’herbe du petum (1572).

Au XVIe siècle, les apothicaires avaient seuls le droit de vendre du tabac, qu’ils réduisaient en poudre. Dans son Histoire du Tabac où il est traité particulièrement du tabac en poudre (1677) De Prades en donne une formule avec du miel et du bouillon gras pour l’administrer en clystère (p. 160).

Un mortier à tabac de forme identique, portant le même sigle G.D.D.M. et daté 1806 a été vendu en mars 2009 à Drouot. La forme est identique mais le bois et le décor sont très différents : les scènes, surtout religieuses, sont caractéristiques des décors sculptés sur les objets populaires à la fin du XVIIIe siècle. Catalogue Art populaire – Curiosités, Ferri SVV, Expert M. Houze, 18 mars 2009, lot n° 226.

Un "moulin à tabac" italien ancien (ci-contre) est photographié p.32, dans l'ouvrage de référence: Musée rétrospectif de la classe 91, Manufacture de tabacs et d'allumettes chimiques. Rapport du comité d'installation - Exposition universelle internationale de 1900